N.E.A.

Nord Est Archéologie

La tour forte de Thenissey : Présentation générale

fig.8

Façade est de la tour forte.

Présentation du site

Contexte géographique et géologique

La tour forte de Thenissey est située à 45 km au nord-ouest de Dijon, en bordure sud du village éponyme, dans la vallée de l’Oze. La commune est implantée dans un fond de vallée constitué de calcaire Bajocien Moyen et Inférieur (JIa). Le sol de cette région fournit du calcaire oolithique plus ou moins tendre. Quatre sites d’extraction sont situés autour de Thenissey, exploités jusque durant la seconde moitié du XXe siècle.

Contexte historique

Vidimus du 1er avril 1481 (ADCO, B10581)

Vidimus du Ier avril 1481 (ADCO, B10581)

Les sources écrites sur l’édifice et sur les différents propriétaires sont lacunaires. La première généalogie réalisée sur les seigneurs de Thenissey a été écrite par Courtépée qui cite un certain Jean de Thenissey, chevalier, ayant vécu au milieu du XIIe siècle, portant ainsi le nom de sa terre. Françoise Vignier alors directrice des archives départementales de la Côte d’Or de 1983 à 1993 réalise une nouvelle généalogie des différentes familles. Guillaume Ier Poinceot, licencié en loi, seigneur d’Eguilly et de Thenissey en partie, s’y installe avant sa mort vers 1430. Son fils, Guillaume II Poinceot, possède le village en totalité et y fait construire avant 1473 une maison forte et bassecour. Le premier document mentionnant la tour est daté du 1er avril 1481, dans lequel est précisé que le père de Guillaume Poinceot, seigneur de Thenissey, aurait réédifié la maison forte au même endroit qu’une ancienne tour appartenant au premier seigneur de Thenissey. En 1509, Guillaume IV Poinceot prend le nom de Gellan porté par sa grand-mère. Cette famille s’éteignit à la fin du XVIe siècle avec Antoine de Gellan, ligueur, gouverneur de Châtillon-sur-Seine de 1581 à 1587. Sa sœur, Perrone de Gellan, se marie avec Daniel d’Edouard en 1595. À cette famille succède, en 1663, les Clugny avec le mariage de Charlotte-Marie d’Edouard et d’Antoine de Clugny. Au début du XVIIIe siècle, un château moderne est construit à côté de la tour forte, transformant l’organisation du site. Une plateforme rectangulaire entourée d’un fossé en eau est réalisée. Seule la tour forte est conservée ainsi qu’un bâtiment à tour d’angle. La tour forte est alors abandonnée comme résidence principale au profit du château. Charles-Louis de Clugny épouse Marie-Charlotte de Lannoy mais meurt en 1793. Sa veuve se remarie alors avec Joseph-Guy-Hercule-Dominique de Tulle de Villefranche.

La tour forte de Thenissey

Composition d’ensemble

Plan des niveaux de la tour forte de Thenissey

Plans des niveaux de la tour.

La tour forte se présente comme un rectangle 26 sur 11 m de long et 14 m de hauteur, aujourd’hui située sur la partie ouest d’une plate-forme rectangulaire d’environ 90 m de long sur 50 m de large, près d’un corps de bâtiment à tour d’angle au nord. Ces deux bâtiments sont disposés à l’aplomb des fossés en eau. La partie est de cette plate-forme est occupée par un château daté du début du XVIIIe siècle.

La tour évolue sur cinq niveaux. Un mur de refend scinde l’édifice. Deux pièces principales par niveau sont alors créées. Ces niveaux sont accessibles par l’escalier en vis situé entre le mur est et le mur de refend. Il se termine en tourelle d’escalier hors œuvre. Aujourd’hui, l’édifice est marqué par l’abaissement d’un niveau de la toiture. Elle repose sur les cheminées du quatrième étage et sur les consoles des mâchicoulis qui ceinturent la tour.

Matériaux

L’édifice est construit en calcaire oolithique. Cette roche est employée sous forme de blocs taillés en grand et en moyen appareil. La pierre de taille, utilisée exclusivement pour l’encadrement des baies, des portes et des chaînes d’angle, porte des traces d’outils indiquant l’emploi de la laye, de la bretture, ou du ciseau brettelé (taille perpendiculaire, oblique ou smilée). Un premier travail de délimitation avec le ciseau a laissé une ciselure sur ces pierres. En parement les moellons sont simplement ébauchés et équarris. À l’intérieur, ils sont recouverts par les enduits dès le second niveau.

La terre cuite architecturale est destinée aux pans des toitures. Les tuiles sont plates pour les deux toitures de part et d’autre du mur de refend et gironnées pour la tourelle d’escalier. L’ensemble a été posé lors de la création de la nouvelle charpente (date non connue).

Élévation

L’étude des parements extérieurs ne s’est réalisée que d’après des photographies. La pose d’un échafaudage est compromise par les fossés en eau sur trois côtés de l’édifice. Les quatre façades sont montées en pierre calcaire en moyen appareil. L’ensemble des parements est assisé. Ces assises évoluent entre des chaînes d’angle en besace.

La façade est comporte deux portes au premier et au second niveau ainsi que douze fenêtres réparties sur l’ensemble des étages. Le sommet est cintré de consoles trilobées. La façade est structurée par le mur de refend situé au même niveau que la porte principale. Alignée
sur celle-ci, une série de trois fenêtres éclaire l’escalier en vis. La tourelle d’escalier, en hors d’œuvre, est réalisée en grand appareil taillé et assisé.

La façade nord est percée de quatre fenêtres. Au sommet, un alignement de consoles maintient un muret de 1,30 m de hauteur environ. La chaîne d’angle gauche est arrachée sur une hauteur de 6 m.

La façade ouest compte neuf fenêtres réparties sur l’ensemble de cette élévation. Quatre jours sont visibles, dont deux au second étage et deux au troisième. La plupart des consoles de cette partie de l’édifice sont changées par M. Cassetti au cours du XXe siècle.

La façade sud comporte quatre fenêtres sur la façade principale et une au niveau du parapet située au-dessus des consoles. Au premier niveau, une ouverture s’apparentant à une canonnière complète ces baies. Deux latrines en encorbellement sont greffées à cette façade, au troisième et quatrième niveau. Une pierre en saillie est localisée au second niveau et correspond à l’évier situé dans la salle voûtée.

L’intérieur de l’édifice est recouvert d’enduit dès le second niveau, rendant la lecture du parement impossible. Le premier niveau, correspondant aux caves, est voûté en plein cintre. Les traces des ceintrages en bois sont encore visibles dans le mortier. Un ancien escalier en vis est encore visible dans l’angle sud-est de ce niveau. Le premier étage se compose de deux pièces principales ; la pièce sud est voûtée sur croisée d’ogives et comporte une cheminée placée dans le mur de refend. Les troisième et quatrième niveaux s’organisent de la même manière à savoir deux pièces principales chauffées par une cheminée située dans le mur de refend. Les pièces sud possèdent des latrines en encorbellement. L’ensemble des pièces sont éclairés par des fenêtres à coussiège. Le cinquième niveau ne comporte plus que les deux cheminées placées dans le mur de refend ainsi qu’un chemin de ronde accessible depuis l’escalier en vis et entourant la tour forte.

Ellia Martin

ellia.martin@univ-lorraine.fr

Article détaillé dans Chastels et maisons forte 5

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