N.E.A.

Nord Est Archéologie

Église Saint-Memmie, Bergères-les-Vertus

Étude des enduits peints

 

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Vue depuis le sud-ouest.

L’étude archéologique, réalisée à la fin de l’année 2014, concerne les élévations intérieures de l’église Saint-Memmie, implantée sur la commune de Bergères-les-Vertus.

Après une restauration de l’extérieur de l’édifice, une réfection de l’intérieur a été demandée par la commune. Les travaux de stabilisation de l’édifice ont obligé à installer un chaînage traversant sur les deux premières travées des élévations nord et sud de la nef centrale ; ainsi que sur le mur est du collatéral nord. Le suivi a été réalisé par l’association Nord-Est Archéologie. Hormis le chœur, le transept nord et la croisée des transepts – qui ont bénéficié d’une réfection durant la première moitié du XXe siècle – les élévations intérieures sont recouvertes d’un badigeon monochrome de couleur rose. Des sondages ont donc été réalisés sur l’élévation nord de la nef centrale et ont révélé des décors ornementaux jusqu’alors inconnus. L’intérêt patrimonial de ces éléments a conduit à envisager un programme de restauration. Ils sont dégradés, et disparus par endroit. Il a alors été nécessaire de les répertorier et de les phaser, en utilisant la même méthode que les relevés stratigraphiques employés lors d’une fouille archéologique. De plus, dans une logique de sauvegarde, une couverture photographique a été réalisée sur l’ensemble des élévations intérieures de l’église. Elle a tout d’abord été faite sur les arcs ainsi que dans les écoinçons. Dans un premier temps, des fenêtres de sondage de 30 cm de côtés ont été ouvertes. Il a été demandé de réaliser un décrépissage minutieux, compte tenu de l’éventuelle présence de décors peints antérieurs à l’enduit rose moderne.
Dans un second temps, la découverte des décors peints médiévaux a lancé une campagne de nettoyage de la nef centrale ainsi que sur le collatéral nord. L’absence de décors sous le badigeon rose de l’élévation sud de la nef centrale a conduit à mettre à nu l’ensemble des enduits modernes pour laisser visible la maçonnerie. La fissure située sur le mur est du collatéral nord oblige à effectuer des travaux de consolidation. L’élévation a donc été complètement décrépie. Un nettoyage a également été réalisé sur 1 m de hauteur sur les murs du collatéral et la porte nord a été dégagée.

Une étude de l’église a déjà été réalisée, avec une première description architecturale par Jean-Pierre Ravaux en 1999. Ce rapport a donc la prétention de compléter ce travail et de confirmer ou non les hypothèses émises sur l’évolution de l’église du XIIe au XXe siècle.

Composition d’ensemble

L’extérieur

L’église de Bergères-les-Vertus est longue de 34 m et large de 22 m. Elle possède un plan rectangulaire orienté de type basilical à trois nefs. Ce type de plan est très courant dans le diocèse de Châlons-en-Champagne et se retrouve dans la quasi-totalité des églises romanes rurales2. Le chevet pentagonal, ouvert sur la sacristie au nord, est percé de trois baies ; seule la baie axiale présente un décor mouluré. Le chœur est maintenu par d’imposants contreforts placés sur les angles. Dans un premier état, la tour clocher se trouvait au-dessus de la croisée du transept avant d’être déplacée à la fin du XVIIe siècle au dessus de la première travée du collatéral sud. L’ancien escalier en vis, permettant d’accéder au clocher, se situe entre le chœur et le collatéral sud. Il est éclairé par un oculus encore visible de l’extérieur. Le parement nord est monté avec des moellons et sans contreforts, contrairement au parement sud traité avec des pierres de taille et scandé de contreforts.

L’intérieur

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Nef centrale.

La nef centrale, large de 5,30 m, longue de 18 m et haute d’environ 9,80 m, se déploie sur quatre travées rythmées par des arcs à deux rouleaux. Les arcs des trois premières travées sont brisés contrairement à ceux des quatrième et cinquième travées. Par contre, l’arc est en plein cintre dans la travée de la croisée des transepts. L’arc nord de la sixième travée de la nef centrale est quant à lui brisé. Les façades reposent sur des piles rectangulaires, flanquées du côté interne de colonnes à demi engagées et ornées de chapiteaux moulurés présentant des motifs végétaux d’une très grande diversité. Les colonnes reposent sur des bases simples munies d’un tore. Des tailloirs formés d’un bandeau et d’un cavet font le tour des supports en scandant chacune des travées. Au-dessus des grandes arcades, hautes d’environ 5 m, les murs de la nef sont faits de maçonneries simples avec des pierres non aplanies et disposées irrégulièrement. Les fenêtres hautes ne sont plus qu’au nombre de deux et sont situées sur l’élévation nord. Elles sont surmontées d’un arc en plein cintre à un seul rouleau et sont disposées dans l’axe des grandes arcades. La nef centrale est couverte d’une charpente en carène dit « en bateau inversé », système qui apparaît dès le XVIe siècle. Les bas-côtés sont éclairés par de grandes fenêtres gothiques munies de deux lancettes séparées par un meneau et surmontées d’un réseau. Le collatéral nord-ouest, large de 5,50 m, long de 18 m et haut de 7 m, se développe sur quatre travées et possède deux portes dans son mur nord, aujourd’hui bouchées, permettant d’accéder au cimetière. Il est surmonté par une charpente plate en bois. L’absence d’assise entre les fenêtres hautes et les arcs doubleaux semble démontrer que ce collatéral n’était pas voûté. La cuve baptismale en pierre est placée dans la première travée. L’ancien conservateur, Jean-Pierre Ravaux, la date de vers 1450. Le collatéral sud-est, large de 6,40 m, long de 22,5 m et haut de 8,30 m, se développe quant à lui sur six travées, couvertes par un plafond haut plat en bois. L’accès à l’église se fait aujourd’hui par la porte percée au niveau de la seconde travée de la façade sud. Du côté oriental, un autel est installé à proximité de la tourelle d’accès à la toiture.

À l’est, la nef centrale ouvre sur la croisée du transept par un arc en plein cintre. Au-dessus, une ouverture permettait d’accéder à la charpente de la nef. Le bras du transept sud a disparu aujourd’hui à cause de l’extension du collatéral sud. La croisée et le transept nord ainsi que le chœur sont couverts par une voûte d’ogives.

Conclusions

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Décor floral inscrit dans de faux claveaux.

L’étude des décors peints de l’église Saint-Memmie de Bergères-les-Vertus a révélé une stratigraphie en cinq séquences successives, datées du XIIe siècle au XXe siècle. Elles sont le témoignage de l’histoire de l’édifice et retracent l’évolution du goût et de la mode. Elles nous renseignent également sur les moyens mis en œuvre et les techniques utilisées pour les concevoir. À ce jour, une nouvelle réfection de l’intérieur de l’église est entreprise. Elle a été l’occasion de redécouvrir ces décors peints jusqu’alors oubliés.

À cause des nombreuses phases d’agrandissement de l’église, la concentration des décors peints se limite principalement à la nef centrale et plus particulièrement sur l’élévation nord des seconde et troisième travées. Au premier décor de faux joints rouge et blanc (XIIe siècle ?) succède un décor de rinceaux et de fleurs en médaillons, combiné à un décor de faux appareil rouge, probablement datés d’avant le XVIe siècle. Lors de l’agrandissement de l’église, à cette période, un badigeon ocre est appliqué pour souligner les éléments architecturés comme sur les fenêtres, les arcs de la nef centrale et les chapiteaux. À cela s’ajoute une frise de guirlande, héritée des décors antiques. Les litres funéraires témoignent de l’importance de l’église au XVIIe et XVIIIe siècle. Le badigeon rose n’est appliqué ensuite que pour uniformiser l’ensemble.

Au regard des informations archéologiques récoltées, il est possible de distinguer quatre phases d’évolution.

La phase 1 correspond à l’église primitive du XIIe siècle. Elle en garde encore des traces dans ses chapiteaux typiquement romans. L’élévation est du collatéral nord présente certainement un contrefort de cette période, figé dans la maçonnerie. Des analyses complémentaires devront être réalisées à l’avenir pour le confirmer. Nous aurions alors un plan typique des églises rurales du XIIe siècle en Champagne-Ardenne ; à savoir un plan basilical avec un chevet plat à l’est et une tour clocher à la croisée du transept.

La phase 2 correspond à l’augmentation d’une travée de l’église et de l’élargissement des collatéraux. L’augmentation de la population dans le village oblige à réaliser des travaux d’agrandissement. Cette période est identifiable par la couture plus ou moins nette réalisée dans les premiers piliers de la nef. Il s’agit d’installer une travée et un arc, celui-ci en plein-cintre. Cette augmentation est encore visible dans le parement est du collatéral nord. Des moellons de petit modules sont montés dans les blocs taillés qui correspondraient au contrefort.

La phase 3 se rapporte au déplacement de la tour clocher à la fin du XVIIe siècle, vers la première travée du collatéral sud. À cette occasion le parement sud est doublé et la baie de la façade ouest est comblée. L’accès se réalise par une ouverture en plein cintre conçue dans le parement est (en partie bouchée aujourd’hui). À cela s’ajoute l’installation de contreforts sur le parement sud.

La phase 4 correspond à des installations contemporaines détaillées dans les registres municipaux de la mairie (XIXe-XXe siècle). Il s’agit de percements d’ouvertures, de réfections de maçonnerie et de travaux sur la couverture de l’église.

De nombreuses questions restent encore sans réponses. À l’avenir, des analyses physico-chimiques devront être réalisées pour valider les différentes hypothèses émises dans ce rapport, mais surtout pour apporter des éléments de datation que les archives ne peuvent apporter. Malgré tout, ces décors peints constituent un exemple singulier pour la peinture murale du XIIe au XVIIIe siècle dans des édifices religieux peu documentés dans la région.

Ellia Martin

ellia.martin@univ-lorraine.fr

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